Les banques savent que leur argent rend le génocide possible.
03 Dec 2025
Minutes 4
Opinion d'Els Hertogen, directrice générale de 11.11.11et Bram Trachet, coordinateur chez Fairfin. Publié par de Morgen.
Une phrase du récent rapport de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés, résonne particulièrement : « Aucun État, institution ou entreprise ne doit contribuer au génocide ou à un régime d'occupation. » Il s'agit d'une exigence morale, et non d'un idéal abstrait. Or, les banques belges ne respectent pas cette exigence.
Un nouveau rapport d'organisations palestiniennes et internationales, comprenant 11.11.11 Fairfin révèle que des banques opérant en Belgique, notamment BNP Paribas et KBC, investissent des milliards dans des entreprises contribuant à l'occupation de la Palestine et au génocide à Gaza. Il s'agit de fournisseurs d'armes, de logiciels d'intelligence artificielle, de technologies de surveillance et d'infrastructures qui oppriment quotidiennement les Palestiniens. Ces banques considèrent ces investissements comme étant dans des entreprises « normales ». Mais depuis quand trouve-t-on « normal » que l'épargne belge finance indirectement un génocide ?
Ce problème n'est pas nouveau. Nous tirons la sonnette d'alarme depuis 2021 avec des signalements similaires. La réaction politique a toujours été insuffisante. Le ministre des Finances de l'époque, Vincent Van Peteghem (CD&V), a adressé plusieurs lettres à BNP Paribas, banque dont l'État belge est l'actionnaire majoritaire. Lorsque la banque a assuré au ministre qu'il n'y avait aucun problème, aucune autre mesure n'a été prise. La responsabilité morale a été déléguée : le braconnier a dit qu'il n'y avait pas de problème, le garde forestier l'a laissé faire.
Huile sur le feu
Entre-temps, la situation s'est considérablement aggravée. La destruction de Gaza se déroule en direct sur nos téléphones. Des familles ont été anéanties, des enfants meurent de faim et, depuis le début du cessez-le-feu, plus de 1 500 bâtiments à Gaza ont été détruits par Israël. Et pourtant, notre système financier continue d'alimenter le conflit.
Ces derniers mois, les médias belges ont publié une série d'articles alarmants. Des investisseurs ayant, à leur insu, investi dans des entreprises israéliennes. Palantir, qui fournit un logiciel permettant de déterminer les cibles des bombes et drones israéliens. La liste des entreprises impliquées par l'ONU dans des crimes de guerre et un génocide. Il ne s'agit pas d'incidents isolés, mais d'un système structurel qui privilégie le profit à la vie.
Certaines banques tentent d'aller à contre-courant. La banque privée Degroof Petercam a placé Caterpillar sur liste noire. Après dialogue, Argenta s'est désengagée de certaines entreprises ayant contribué à l'occupation. Triodos et la banque VDK ont même renoncé à toute activité commerciale ou industrielle. Cela prouve que les banques sont parfaitement capables de faire des choix éthiques lorsqu'elles le souhaitent. Ce qui rend l'impasse ailleurs d'autant plus regrettable.
Le changement est possible dès lors que les institutions prennent leurs responsabilités au sérieux. Mais ne nous leurrons pas : ce problème ne se résoudra pas par les choix des banques. Les milliards indispensables à la production d'armes, de bulldozers et de logiciels espions ne pourront être bloqués que si les dirigeants politiques contraignent les institutions financières à agir. Il ne s'agit pas d'un acte radical, mais de l'application élémentaire du droit international.
frontière
Il appartient au gouvernement de fixer les limites. Non pas par de vagues déclarations, mais par des règles claires : pas un centime belge versé aux entreprises qui contribuent aux crimes de guerre, à l’apartheid, à l’occupation ou au génocide. Parallèlement, il incombe aux banques de se désengager des entreprises qui violent les droits humains, à l’instar de d’autres banques qui l’ont déjà fait. Cela prouverait au moins que leur discours sur le développement durable n’est pas vain.
Tant que ces règles resteront en vigueur, l'État belge et nos banques flirteront ouvertement avec la complicité. Ils n'envoient peut-être pas eux-mêmes de drones dans les airs, mais, pour reprendre les termes d'Albanese, ils créent les conditions propices à la prolifération des crimes.
Quiconque prétend que la situation est complexe se trompe. Elle n'est pas complexe, mais dérangeante. Des rapports comme celui-ci nous obligent à reconnaître que le génocide et l'occupation ne se produisent pas dans un pays étranger lointain, mais sont aussi alimentés ici : dans les tableurs des banques, dans les sièges politiques à Bruxelles et par la stagnation de notre gouvernement. Le désinvestissement et des règles claires ne sont plus une option, mais une nécessité.
Quiconque ne le fait pas aujourd'hui ne détourne pas le regard, mais observe.
Vous souhaitez en savoir plus?
Dans un nouveau rapport, nous, en collaboration avec FairFin et d'autres partenaires palestiniens et internationaux, révélons comment les banques belges continuent d'investir des milliards de dollars dans des entreprises impliquées dans l'occupation israélienne et le génocide. Quel est le rôle de votre banque ? Renseignez-vous et adressez-lui une lettre de réclamation.