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Lettre ouverte au gouvernement fédéral : le 15 juillet, faites un choix sans équivoque pour la suspension de l'accord d'association UE-Israël

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07 Jul 2025

Minutes 5

Cette lettre ouverte est parue le 8 juillet dans De Morgen et Le Soir 

 

Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,
Chers Vice-Premiers Ministres,


En Palestine, toutes les lignes rouges ont été franchies depuis longtemps. La Belgique et l'Union européenne doivent prendre des mesures concrètes pour tracer une ligne rouge claire face aux violations massives du droit international par Israël.


Lors du Conseil Affaires étrangères du 20 mai, la Belgique s'est prononcée en faveur d'une enquête sur le respect par Israël de l'article 2 de l'accord d'association. Les résultats de cette enquête, divulgués à la presse, sont sans appel : Israël viole massivement le droit international en imposant un blocus illégal à la bande de Gaza, en tuant des civils sans discrimination, en attaquant des hôpitaux et des infrastructures de santé, en déplaçant de force la population et en attaquant des journalistes. En Cisjordanie, l'expansion des colonies israéliennes et la violence qui y est associée contre les colons, ainsi que la politique de détention massive, accompagnée de traitements inhumains et dégradants et de torture, constituent d'autres violations flagrantes du droit international humanitaire et des droits de l'homme par Israël.


Au vu de ces conclusions claires, il n’y a qu’une seule réponse possible : l’UE doit suspendre son accord d’association avec Israël.
Les résultats du Conseil des affaires étrangères du 23 juin sont inacceptables. La Haute Représentante a annoncé qu'elle présenterait les résultats de l'évaluation à Israël. Elle a déclaré que le débat sur cette question ne faisait que commencer.


Face à l'urgence de la situation, il n'est plus acceptable de se limiter à un dialogue avec Israël. Le Conseil d'association UE-Israël, qui s'est tenu le 24 février 2025, a démontré les limites de ce dialogue. Israël n'a pas répondu aux points soulevés par l'UE lors de cette réunion (cessez-le-feu, respect du droit international, protection de la population civile, accès humanitaire, arrêt de l'expansion des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, etc.). Au contraire, Israël a depuis fait exactement le contraire de ce que demandait l'Union européenne, notamment en imposant un blocus total le 2 mars 2025 et en rompant unilatéralement le cessez-le-feu le 18 mars 2025. La principale leçon du Conseil d'association UE-Israël est donc claire : seules des mesures concrètes, comme la suspension de l'accord d'association, peuvent contraindre Israël à respecter le droit international.


Le prochain Conseil des affaires étrangères de l’UE aura lieu le 15 juillet 2025. Nous appelons le gouvernement fédéral à défendre la suspension de l’accord d’association et à en convaincre les autres États membres.


Même si la majorité qualifiée nécessaire pour suspendre le volet commercial de l’Accord d’association ne pouvait être atteinte, la Belgique ne peut rester les bras croisés.


La Belgique est elle-même responsable du respect de ses obligations en vertu du droit international, lesquelles ne sont pas diminuées par son appartenance à l'Union européenne ni par les procédures de vote internes des institutions européennes. Ces obligations stipulent que la Belgique doit tout mettre en œuvre pour ne pas contribuer aux violations graves du droit international par Israël, y compris l'occupation et la colonisation illégales du territoire palestinien. Comme l'ont souligné de nombreux juristes internationaux, dont la Société belge de droit international, une inaction continue exposerait également l'État belge à une responsabilité juridique.


Si la Belgique décidait de respecter ses obligations en vertu du droit international malgré la paralysie de l'UE, elle ne serait pas seule. Plusieurs États membres de l'UE ont déjà indiqué qu'ils étaient prêts à agir indépendamment du consensus européen. Par exemple, le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Harris, a annoncé que l'Irlande introduirait une interdiction nationale des produits provenant des colonies israéliennes, dans l'espoir que d'autres pays suivraient son exemple.


Les organisations mentionnées ci-dessous saluent l'initiative belge de demander au Haut Représentant Kallas, dans une lettre, d'aligner la politique commerciale de l'UE sur ses obligations juridiques internationales, telles que définies dans l'avis consultatif de la Cour internationale de Justice (19 juillet 2024). Cette initiative doit toutefois aboutir à des résultats concrets à court terme. Outre cette action au niveau européen, la Belgique doit elle-même se conformer à l'avis de la Cour internationale de Justice en instaurant une interdiction nationale du commerce avec les colonies israéliennes, ce qui constitue une obligation minimale qui en découle.


Le 110.000 juin 15, 2025 XNUMX Belges sont descendus dans les rues de Bruxelles pour dénoncer le génocide à Gaza, le nettoyage ethnique à grande échelle en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, ainsi que l’absence d’action internationale décisive. 


Aujourd'hui, outre le peuple palestinien, le droit international est également menacé. La Belgique a le devoir de confirmer clairement ce cadre, non seulement pour protéger les Palestiniens, mais aussi pour nous protéger, citoyens belges. Un monde sans lignes rouges est un monde dangereux pour tous.

 

Signataires

  1. Arnaud Zacharie, Secrétaire Général du CNCD-11.11.11
  2. Els Hertogen, directrice générale 11.11.11
  3. Axelle Fisher, secrétaire générale Entraide & Fraternité
  4. Pierre Galand, président de l'Association Belgo-Palestinienne
  5. Chers Herijgers, directeur de Broederlijk Delen
  6. Véronique Wemaere, directrice de l'ONG Solsoc
  7. Thierry Bodson, président de l'ABVV
  8. Bert Engelaar, secrétaire général de l'ABVV
  9. Eitan Bronstein, réalisateur de De-Colonizer
  10. Monia Gandibleux, Coordinatrice Générale des Ambassadeurs
  11. Sarah de Liamchine, co-directrice Mouvement Présence et Action Culturelles
  12. Fanny Polet, directrice de Viva Salud
  13. Carmen Claessen, porte-parole Anvers pour la Palestine
  14. Annuschka Vandewalle, secrétaire générale de l'OFS
  15. Louay Odeh, membre d'équipage Beitna
  16. Orry Van de Wauwer, directeur de Pax Christi Flandre,
  17. Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de l'ACV
  18. Ann Vermorgen, présidente de l'ACV
  19. Mohamed Iqtifan, secrétaire du Groupe Gaza - GCDG
  20. Werner Van Heetvelde, président de la Centrale générale-ABVV
  21. Henri Goldman, membre du conseil d'administration de l'Union des Progressistes Juifs de Belgique
  22. Ludo De Brabander, porte-parole de l'asbl Vrede
  23. Ansje Vanbeselaere, présidente d'Intal
  24. Myriam Vandecan, présidente de Solidarité Palestine
  25. Claire Delstanche, co-coordinatrice de DiEM25 Belgique
  26. Louma Albik, directrice de SB Overseas
  27. Nozomi Takahashi, présidente de BA4P/BACBI
  28. Julie Hendrickx Devos, présidente générale de Beweging.net
  29. Ariane Estenne, présidente du MOC
  30. Lichen Ullmann, coordinateur de l'action pour la paix
  31. Eva Smets, directrice d'Oxfam Belgique
  32. Luc Van Haute, directeur général de Caritas International
  33. Carine Thibaut, directrice d'Amnesty Belgique francophone
  34. Wies De Graeve, directrice d'Amnesty International Flandre

 

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