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L’accord de paix entre le Congo (RDC) et le Rwanda va-t-il enfin apporter un changement ?

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08 Jul 2025

Minutes 3

Le 27 juin 2025, les ministres des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda ont signé un accord de paix à Washington. Bien que cet accord soit salué à l'échelle internationale comme un pas vers la désescalade, le scepticisme prévaut au sein de la société civile congolaise. 

Une avancée symbolique ?

Depuis 2021, on assiste à une recrudescence de la violence Congo oriental, avec la reprise des armes par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda. Le point culminant fut atteint au printemps 2025. Goma et Bukavu tombèrent aux mains des rebelles, faisant des milliers de morts et forçant plus d'un million de personnes à fuir. Après l'impasse des processus de paix à Luanda et Nairobi, les États-Unis et le Qatar ont joué le rôle de médiateurs pour amener le Rwanda et la RDC à la table des négociations. Menée par l'administration Trump, cette initiative a permis de réunir les deux pays pour des négociations de paix.  

L'accord de Washington a été signé par la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, et son homologue rwandais, Olivier Nduhungirehe, en présence du secrétaire d'État américain, Marco Rubio. Il prévoit la fin des hostilités et le retrait des troupes étrangères, mais aussi le développement des liens économiques, notamment dans le domaine des matières premières stratégiques. Ce dernier point a alimenté les inquiétudes selon lesquelles l'accord servirait principalement des intérêts géopolitiques et économiques, plutôt qu'une paix durable et la justice pour les populations touchées.  

La Belgique et l'UE ont exprimé leur soutien à l'accord. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a félicité les deux voisins pour leur choix courageux de paix et a souligné le caractère crucial de la prochaine phase de mise en œuvre.

M23
L'avancée des rebelles du M23 soutenus par le Rwanda dans l'est du Congo provoque une panique généralisée, Goma étant l'épicentre de la crise.

Sans mesures efficaces telles que l’ouverture de couloirs humanitaires, la réouverture des aéroports et des banques, et la cessation des hostilités, il sera difficile d’espérer le succès de ce nouvel accord.

Partenaire de 11.11.11, anonyme pour des raisons de sécurité

Le milieu de terrain congolais sur la touche

Les organisations de la société civile congolaise sont plus prudentes dans leurs éloges. Elles reconnaissent que toute ouverture au dialogue et à la paix doit être soutenue, mais s'interrogent sur sa faisabilité pratique et ses intentions politiques. Elles constatent que la société civile est marginalisée dans le dialogue et que la condition de signature – le retrait des troupes et du matériel rwandais – n'a pas été remplie.

D'autres points importants, comme le désarmement des rebelles du M23, ne sont pas abordés. Ces questions ont été reportées au difficile dialogue de paix coordonné par l'émir du Qatar. Des sources locales soulignent également que, malgré l'accord, il n'est toujours pas question d'un retrait des troupes et du matériel rwandais de l'est du Congo.  

Intérêts géopolitiques et économiques

L'absence de participation de groupes armés comme le M23 au processus de négociation soulève de sérieuses questions. Après tout, ils jouent un rôle clé dans le conflit. L'AFC-M23 renforce son administration dans de vastes zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ils exercent un contrôle d'une main de fer grâce à leurs propres systèmes fiscaux et à leurs structures pseudo-judiciaires et extrajudiciaires.

Le nouveau rapport d'un groupe d'experts de l'ONU révèle comment le Rwanda pilote activement ce nouveau régime et s'efforce même d'obtenir le contrôle total et l'annexion de certaines parties du Nord et du Sud-Kivu, selon un article du journal De Standaard. Ces conclusions jettent une ombre sur la sincérité de l'accord et la faisabilité d'une paix durable. L'accord de Washington semble davantage axé sur des intérêts géopolitiques et économiques, notamment l'accès aux précieuses réserves minières de l'est du Congo.

Répétition du passé ?

Alors que Marco Rubio affirme que l'accord de Washington met fin à trente ans de conflit, la réalité quotidienne montre une tout autre réalité : la poursuite des actions et des ambitions militaires du M23 et du Rwanda. Sans la participation des communautés affectées, des femmes et des jeunes, et avec des intérêts économiques qui priment sur ceux de la population, l'accord risque de se transformer en une répétition des échecs précédents.  

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