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Championnats du monde de cyclisme au Rwanda : que fait le journalisme avec le contexte ?

  • Opinie
  • Rwanda, Congo (RDC)
  • Droits de l'homme et démocratie

24 Sep 2025

Minutes 4

Le dimanche 21 septembre a marqué le début des Championnats du monde de cyclisme au Rwanda. Le cyclisme est une passion profondément ancrée en Belgique, et nous savons que les médias flamands peuvent transmettre cette passion et ces exploits sportifs avec expertise, émotion et impact visuel. Cependant, ces Championnats du monde ne se déroulent pas dans un cadre innocent, ni à la télévision, à la radio ou dans les journaux. Nous encourageons donc les médias flamands à conserver le contexte éditorial plus large de l'actualité sportive et de ses commentaires.

Alors que Kigali est sous les projecteurs, une guerre brutale se poursuit à une centaine de kilomètres de là, dans l'est du Congo, faisant des milliers de victimes. Selon divers rapports de l'ONU, le groupe rebelle M23 reçoit un soutien militaire direct du Rwanda. Le M23 est responsable de massacres, de recrutements forcés d'enfants et de violences sexuelles comme arme de guerre. Rien que cet été, des centaines de civils ont été tués. Selon Human Rights Watch, entre le 10 et le 30 juillet à Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, le M23 a exécuté plus de 140 civils dans quatorze villages. Des témoins, des sources onusiennes et militaires indiquent que l'armée rwandaise, la Force de défense rwandaise, était également impliquée dans ces opérations du M23.

La violence et l’injustice ne sont confirmées que par les rapports d’organisations internationales comme Amnesty, qui parlent d’intimidation de la société civile, de pratiques de torture dans des centres de détention non officiels et d’exécutions extrajudiciaires sous l’administration rebelle.  

Cependant, l'ambition s'étend au-delà de l'Est. C'est ce qu'illustre une vidéo de propagande récemment diffusée par le M23 et son chef, Corneille Nangaa. Le message est clair : le M23 veut progresser jusqu'à Kinshasa et renverser le gouvernement de Tshisekedi. La vidéo met en scène les nouvelles troupes, dansant et célébrant. Comment cela concorde-t-il avec les images de la fête à Kigali ?

Les enjeux sont clairs : pouvoir et argent. Le contrôle de l’or, du coltan et d’autres minerais précieux entretient la guerre. Le Rwanda n’est pas un acteur secondaire, mais un acteur décisif, comme en témoignent les publications successives des Nations Unies, des organisations de défense des droits humains et des journalistes.

Sport et société sont indissociables. Car ne vous y trompez pas. Ce ne sont ni les coureurs ni le peuple rwandais qui remportent l'or, mais le président Kagame.

Sport et société sont indissociables. Car ne vous y trompez pas. Ce ne sont ni les coureurs ni le peuple rwandais qui remportent l'or, mais le président Kagame.

Eva Demaré, experte du Congo 11.11.11

Alors que Kigali se présente comme une ville moderne et un havre de paix pour les touristes et les investisseurs, la moitié des Rwandais vivent sous le seuil de pauvreté. Alors que le pays ouvre ses portes aux journalistes sportifs du monde entier, le gouvernement rwandais maintient sous clé le journaliste et porte-parole critique Dieudonné Niyonsenga. Tandis que l'UE compte sur le Rwanda pour défendre ses intérêts sécuritaires, en subventionnant des millions d'euros d'opérations militaires, comme le refoulement des djihadistes extrémistes à Cabo Delgado, au Mozambique, Kagame mène sa propre campagne de violence dans l'est du Congo.

Avec plusieurs journalistes sportifs, nous avons plaidé contre l'organisation de la Coupe du monde sous un régime dictatorial qui exporte la guerre et la répression. En vain. Aujourd'hui, profondément préoccupés par la situation des droits humains, nous exigeons que les médias flamands prennent leur rôle au sérieux et couvrent au maximum ce contexte. Le sport est indissociable de ce qui se passe autour de lui.

Quiconque couvre la course au Rwanda doit également rendre compte de ce qui se passe hors champ. Des personnes en fuite, des ressources qui alimentent la violence et des militants de l'est du Congo qui luttent chaque jour pour la paix et le changement. Une émission qui se concentre uniquement sur le sprint final, la médaille ou le maillot arc-en-ciel, tout en ignorant le reste de la course, perd de vue l'histoire dans son ensemble. C'est encore plus vrai pour Kigali, qui débute dimanche.

Le journalisme sportif ne doit pas se résumer à un simple terrain de camping, suivant aveuglément les plans de Kagame. Il doit faire preuve d'un sens aigu du jeu, non seulement sportif, mais aussi social. Le Rwanda n'accueille pas cette Coupe du monde sans raison : c'est une étape d'une offensive d'image soigneusement planifiée. Couvrir cet événement sans tenir compte du contexte conduit à des classements erronés.

Nous comprenons que les rédactions établissent parfois une distinction entre reportage sportif et interprétation plus large. Mais cela soulèverait de sérieuses inquiétudes concernant cette Coupe du monde. Les auditeurs de commentaires sportifs méritent autant d'informations sur la réalité du parcours que les téléspectateurs.

Nous savons que les médias peuvent rapprocher le sport et la société, enrichissant plutôt que divisant. Les journalistes et les commentateurs s'intéressent non seulement aux vainqueurs, mais aussi aux perdants, hors champ.

Stefaan Werbrouck l'a exprimé succinctement dans HUMO : « Vranckx et Waes ne formeraient-ils pas un duo idéal pour commenter la course à partir de dimanche ? » Il y a peut-être une raison à cela. 

Signataires :

11.11.11, Broederlijk Delen, Vrede asbl, ENTRAIDE ET FRATERNITE, WSM, SolSoc, Congodorpen 

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